Zaha Hadid vient de nous quitter aujourd’hui.

Zaha-Hadid-43030.XLL’architecte Zaha Hadid, une des plus grandes architectes d’aujourd’hui, est décédée brutalement ce jeudi d’une crise cardiaque à l’âge de 65 ans.

Jusqu’à la fin des années 90, l’architecte n’avait quasi rien construit. Mais ensuite ce fut l’explosion.

Zaha Hadid était une femme flamboyante, tonitruante, dont l’aura physique impressionnait, habillée comme une reine orientale. Lauréate du prix Priktzer en 2004, elle reste la seule femme à avoir reçu le prix Nobel des architectes.

Irakienne née à Bagdad en 1950 et passée ensuite par Beyrouth, elle était devenue Londonienne et son bureau occupe aujourd’hui 450 personnes !

Zaha Hadid a eu trois vies. D’abord, comme étudiante venue à Londres en 1972 pour étudier l’architecture. Celle-ci était alors en crise. Les idéaux du modernisme (Le Corbusier, Mies Van der Rohe) étaient morts comme les utopies des années 60. Le postmodernisme conservateur menaçait avec ses colonnettes et ses frontons anciens. Hadid étudie à l’« Architectural association » où elle croise Rem Koolhaas et Bernard Tschumi. L’AA était alors une pépinière de débats acharnée sur l’architecture.

Sans réalisation

 

C’est après cela que Zaha Hadid débute sa seconde vie de créatrice inouïe mais sans encore de réalisation. Pendant 25 ans, elle multiplia les projets ébouriffants qui tous ou presque restèrent lettres mortes. Son architecture est radicale et novatrice, tout en étant liée aux artistes constructivistes russes et révolutionnaires des années 20 comme Malevitch et Lissitzky. L’espace est géométrisé, devient dynamisme. Zaha Hadid admire aussi la grande liberté formelle d’Oscar Niemeyer. Et Zaha Hadid réinventa ce constructivisme dans un projet fou « The Peak » à Hong-Kong. Un complexe d’appartements sur les hauteurs de la ville. Son projet était présenté comme des tableaux de Malevitch : peints sur toile et faits de multiples éléments géométriques disséminés dans l’espace. Ses projets et ses maquettes sont déjà des oeuvres d’art.

Elle continuera sans peur à inventer des projets qui avorteront. Son incroyable opéra de Cardiff ne se fit pas, comme son Leicester square de Londres où elle imaginait des buildings… s’avançant dans le sous -sol ! Elle questionne sans cesse l’occupation des lieux et utilise les géométries les plus audacieuses comme un Frank Gehry.

« L’architecture, dit-elle, est comme un couteau qui découpe dans du beurre, dévorant les principes traditionnels et en établissant de nouveaux, défiant la nature mais sans la détruire ». Elle veut faire danser l’espace.

Epoustouflants

Ses géométries, ses dessins sont époustouflants d’audace, de lyrisme, de beauté plastique même s’ils tombent parfois dans le formalisme et un certain systématisme. Ses premières réalisations sont peu nombreuses et les polémiques furent souvent vives : la station de pompiers du centre de design Vitra à Bâle (que les pompiers refusèrent d’occuper !) et une gare à Strasbourg.13777-004-FB19FB05 Station des pompiers Vitra

Mais commence alors la troisième vie de Zaha Hadid où elle démontre que ses projets aidés par l’ordinateur, sont applicables. Le musée d’art contemporain de Cincinnati en 2003, l’usine BMW à Leipzig, le spectaculaire « Phaeno science center » VW de Wolfsburg, des tours à Dubaï, un « performing art center » à Abou Dhabi, le musée MAXXI d’art contemporain à Rome, la piscine olympique de Londres, un Opéra en Chine à Guanhzhou.

L’architecture de Zaha Hadid se situe hors de tous les schémas habituels. Déconstructiviste, elle reprend les morphologies de la nature, évite les angles droits. Elle est hybride et évolutionniste, en rondeurs baroques, libérée des contraintes euclidiennes… et donnait bien du fil à retordre aux ingénieurs.

Adepte du geste architectural jusqu’à la caricature, elle échappe autant au minimalisme ascétique qu’au prosélytisme écologique ou aux décorations néobaroques.

Frank Gehry louait Zaha Hadid : « Chaque projet apporte de l’innovation, chaque projet est plus audacieux que le précédent et les sources de son originalité semblent sans fin».

Zaha Hadid était aussi designer : vaisselle, lampadaires, meubles, elle a tout imaginé avec les mêmes entrelacs de lignes tendues et de courbes, les angles aigus, les plans superposés, qui donnent à ses créations complexité et légèreté.

Les Belges la connaissent bien depuis longtemps car elle a travaillé en 2000 avec Frédéric Flamand et Charleroi/Danses pour la création de «Métapolis». A Anvers, elle terminait actuellement la construction de la nouvelle et futuriste Maison du port (Havenhuis), comme un gigantesque bateau posé sur le toit de l’ancienne caserne des pompiers. A une plus petite échelle, le prince et la princesse de Chimay avaient aussi des projets avec elle pour leur château.

Zaha Hadid connut aussi des déboires dont le plus tonitruant fut son stade olympique à Tokyo en vue des J.O de 2020. Il suscita rapidement tant de sarcasmes, sa forme évoquant disait-on, « des allures sexuelles de madrépore violacé et flaccide », qu’un nouveau concours fut lancé couronnant le Japonais Kengo Kuma avec un projet plus classique et écologique.big-05-BEB_ITALIA-MOON_SYSTEM-05